Une consultante en portage salarial qui découvre sa grossesse se pose une question très concrète avant même de penser au reste : va-t-elle toucher un salaire pendant son congé maternité, ou doit-elle mettre de côté une trésorerie personnelle par précaution ? La réponse tient en une phrase, mais elle mérite d'être détaillée, parce que le statut de salariée portée change certains réflexes administratifs sans changer le fond du droit.
Une consultante en portage salarial a droit au congé maternité et aux indemnités journalières exactement comme toute salariée en CDI ou en CDD, sous réserve de justifier de 6 mois d'affiliation ou de 150 heures travaillées sur les 3 mois précédents. La durée légale va de 16 à 46 semaines selon le nombre d'enfants.
Le congé maternité en portage salarial, un droit identique à celui de tout salarié classique
Le portage salarial repose sur un contrat de travail, CDD ou CDI, signé avec la société de portage. Cette société est l'employeur au sens du droit du travail : elle cotise chaque mois à l'Assurance Maladie sur la branche maternité, exactement comme n'importe quelle entreprise classique. Une consultante portée bénéficie donc du même socle de droits qu'une salariée d'une PME ou d'un grand groupe : congé maternité protégé, interdiction de licenciement pendant la grossesse et les dix semaines suivant le retour de congé (sauf faute grave sans lien avec l'état de grossesse), et indemnités journalières versées par la Caisse primaire d'assurance maladie.
La convention collective nationale du portage salarial (IDCC 3219) ne prévoit aucune disposition spécifique sur la maternité, ni de maintien de salaire particulier au-delà du droit commun. Ce silence n'est pas un vide juridique. Il signifie simplement que le droit du travail général s'applique intégralement, sans avantage ni recul propre au statut porté.
Selon l'Assurance Maladie, une salariée a droit aux indemnités journalières maternité si elle justifie de 6 mois d'affiliation à la date prévue de l'accouchement, ou de 150 heures de travail sur les 3 mois précédents (source : ameli.fr, 2026).
Combien de temps dure le congé maternité en portage salarial ?
La durée du congé maternité ne dépend ni du statut ni de l'employeur : elle est fixée par le code de la sécurité sociale et varie selon le nombre d'enfants à charge et le nombre d'enfants attendus.
| Situation | Congé prénatal | Congé postnatal | Durée totale |
|---|---|---|---|
| 1er ou 2e enfant | 6 semaines | 10 semaines | 16 semaines |
| 3e enfant ou plus | 8 semaines | 18 semaines | 26 semaines |
| Jumeaux | 12 semaines | 22 semaines | 34 semaines |
| Triplés ou plus | 24 semaines | 22 semaines | 46 semaines |
Une consultante portée peut, comme toute salariée, réduire son congé prénatal de deux semaines maximum au profit du postnatal, sur avis médical. Ce choix n'a aucune incidence sur le montant total des indemnités perçues. Seule la répartition dans le temps change.
Le calcul des indemnités journalières pour une salariée portée
L'indemnité journalière maternité se calcule sur la moyenne des salaires des 3 mois précédant le congé, dans la limite du plafond mensuel de la Sécurité sociale (4 005 euros en 2026). Au 1er janvier 2026, son montant maximum s'élève à 104,02 euros bruts par jour, soit environ 82 euros nets une fois déduits les 21 % de CSG et CRDS. Elle est versée sans délai de carence, dès le premier jour du congé, pour chaque jour de la semaine y compris les week-ends, en moyenne tous les 14 jours.
Prenons le cas d'une consultante qui facture un TJM de 500 euros, 18 jours par mois : son salaire brut mensuel habituel avoisine ou dépasse le plafond de la Sécurité sociale. Ses indemnités journalières sont donc plafonnées au maximum légal, autour de 82 euros nets par jour, soit environ 2 460 euros nets sur un mois de 30 jours. C'est un montant à comparer sérieusement avec le salaire net habituel du consultant pour mesurer l'écart réel avant de partir.
Le montant maximum de l'indemnité journalière maternité s'élève à 104,02 euros bruts par jour au 1er janvier 2026, calculé sur la moyenne des salaires des 3 mois précédant le congé, dans la limite du plafond mensuel de la Sécurité sociale de 4 005 euros (source : ameli.fr).
Salaire maintenu ou perte de revenu ? Ce que change, ou pas, la réserve financière du portage
Contrairement à certaines entreprises qui pratiquent la subrogation, c'est-à-dire qu'elles continuent de verser le salaire habituel et récupèrent ensuite les indemnités journalières auprès de la CPAM à leur place, la plupart des sociétés de portage ne subrogent pas leurs consultantes. La salariée portée reçoit donc directement ses indemnités de la Caisse primaire d'assurance maladie, avec un premier versement qui peut prendre plusieurs semaines à se mettre en place. Et ce délai n'est pas anodin quand on vit seule de son activité, sans salaire fixe garanti par ailleurs.
La réserve financière, ce pourcentage du salaire mis de côté chaque mois par la société de portage, sert alors de tampon utile pour passer ce délai sans tension de trésorerie personnelle. Notre article sur le CDI de portage salarial détaille précisément comment cette réserve se constitue et dans quelles conditions elle peut être mobilisée. Un point à vérifier avant de partir, pas une fois le congé commencé.
Le nouveau congé supplémentaire de naissance : un complément à ne pas confondre avec le congé maternité
Depuis le 1er juillet 2026, un nouveau droit s'ajoute au congé maternité classique : le congé supplémentaire de naissance. Chaque parent d'un enfant né ou adopté à partir du 1er janvier 2026 peut en bénéficier, dans la limite de deux mois, pris en une seule fois, en deux mois consécutifs ou en deux périodes séparées d'un mois. La rémunération pendant ce congé atteint 70 % du salaire net le premier mois, puis 60 % le second.
Ce congé ne remplace ni le congé maternité, ni le congé paternité, ni le congé d'adoption : il vient s'y ajouter. Il ne remplace pas non plus le congé parental d'éducation, dont les règles restent inchangées. Une consultante portée qui accouche après le 1er juillet 2026 peut donc, en théorie, cumuler son congé maternité classique avec ce nouveau congé, à condition de vérifier auprès de sa société de portage les modalités pratiques de déclaration, la mise en œuvre du dispositif restant récente sur le terrain.
Le congé supplémentaire de naissance, effectif depuis le 1er juillet 2026, ouvre droit à deux mois de congé rémunéré à 70 % puis 60 % du salaire net, pour chaque parent d'un enfant né à partir du 1er janvier 2026 (source : info.gouv.fr).
Comment une consultante en portage a organisé sa grossesse et sa mission
Camille a 33 ans. Consultante en stratégie de marque en portage salarial depuis trois ans, elle a appris sa grossesse en plein milieu d'une mission de six mois chez un client grand compte. Sa première réaction a été d'en parler à sa société de portage avant même d'en informer son client, pour comprendre concrètement ce qui changeait pour elle.
Elle a d'abord vérifié sa date prévisible d'accouchement pour calculer son congé prénatal, puis déclaré sa grossesse à sa CPAM avant la fin du troisième mois. Ensuite, elle a discuté avec sa société de portage des modalités de fin de mission : plutôt que d'interrompre brutalement sa lettre de mission, elle a négocié avec son client un mois de transition avec une consultante junior en doublure, ce qui a rassuré tout le monde. Enfin, elle a demandé à sa société de portage une estimation de ses indemnités journalières et vérifié le solde de sa réserve financière, pour savoir précisément sur quoi compter pendant ses seize semaines de congé.
Un réflexe à ne jamais sauter avant de partir : vérifiez auprès de votre société de portage si elle pratique la subrogation ou non. Ce point change concrètement la mécanique de vos versements pendant le congé.
Les trois démarches à ne pas oublier avant de partir en congé maternité
La première consiste à déclarer sa grossesse à la CPAM avant la fin du troisième mois, via le carnet de maternité remis par le gynécologue ou la sage-femme. La deuxième touche à l'attestation de salaire : c'est la société de portage, en tant qu'employeur, qui doit la transmettre à l'Assurance Maladie dès le début du congé prénatal, un document indispensable au calcul des indemnités journalières. Sans cette attestation, aucun versement ne peut démarrer.
La troisième démarche concerne la mission en cours. Rien n'oblige une consultante portée à rompre son contrat commercial avec le client au moment du départ en congé : la lettre de mission peut simplement être suspendue, ou transférée à un autre consultant porté par la même société, selon ce qui a été négocié en amont. Deux droits restent constants pendant toute cette période, quel que soit l'arrangement trouvé avec le client : la mutuelle collective continue de couvrir la consultante, et les cotisations retraite se poursuivent sur la base des indemnités perçues, un point détaillé dans notre article sur la mutuelle en portage salarial. Anticiper la question de la mission plusieurs semaines avant la date prévue évite les situations où un client se retrouve sans solution du jour au lendemain.
Le portage salarial n'ajoute ni avantage ni contrainte particulière à ce que prévoit déjà le code du travail sur la maternité. Il ajoute en revanche un point de vigilance propre à l'activité de consultante : la continuité de la relation avec le client, qui se prépare en amont plutôt qu'au dernier moment. Nos articles sur les congés payés en portage salarial et sur l'arrêt maladie en portage salarial suivent la même logique : les droits sont identiques à ceux de tout salarié, mais leur mise en œuvre pratique demande d'anticiper avec sa société de portage.



